Voilà plus d’un mois que nous n’avons pas écrit. C’est que, l’un comme l’autre, nous n’avions plus une seconde à consacrer à ce blog. Est-ce à dire qu’il n’y avait rien à relever dans les remous qui agitent la scène politique ? Non, bien sûr. On se gardera de résumer ici tous les événements qui nous ont marqués, il y aurait trop à dire. Pour sûr, nous n’avons pas trouvé dans l’actualité beaucoup de motifs de réjouissance…
Aujourd’hui, c’est l’annonce de Nicolas Sarkozy quant à l’enseignement de la Shoah aux classes de CM2 qui a suscité notre surprise, ainsi qu’un certain malaise. Mercredi, lors d’un discours prononcé devant le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), le Président a dévoilé une initiative; : « confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah ».
On ne peut s’empêcher de voir dans la mesure une autre manifestation de cette propension à l’immixtion des affects dans l’apprentissage de l’Histoire qui pointait déjà dans la
volonté présidentielle de faire lire la lettre du jeune résistant fusillé Guy Môquet dans les lycées. On ne peut que s’étonner de cette insistance, tant on a entendu dans le passé Nicolas Sarkozy
se répandre en mépris sur la repentance. Ainsi dans un discours à Metz daté du 17 avril dernier
déclarait-il :
« Ici, on n’aime pas la repentance, cette mode exécrable qui veut faire expier aux fils les fautes supposées de leurs pères. Ici on n’aime pas la repentance qui est un dénigrement
systématique de la France et de son histoire.
Je déteste cette repentance qui est une forme de la détestation de soi parce que l’on n’a qu’un pays. Le détester c’est se détester soi-même.
Je déteste cette repentance qui est une falsification de l’histoire de France.
Car la France n’a pas à avoir honte de son histoire.»
Soyons honnêtes, ce que visait Nicolas Sarkozy dans son propos d’alors n’est sans doute pas exactement ce qu’il propose aujourd’hui. N’empêche, comment considérer cette célébration morbide et larmoyante –on ne saurait employer de termes plus modérés face à l’étrange idée surgie de nulle part-, sinon comme une incohérence ? Ce que propose le Président semble, et nous sommes loin d’être les seuls à le penser, constituer justement le versant le plus malsain du devoir de mémoire. Comment se rapprocher plus de la détestation de soi qu’avec ce parrainage funeste ?
Mais laissons de côté nos a priori quant au contenu de la proposition pour nous concentrer sur la forme. Une fois de plus, le pouvoir entend se mêler d’Histoire. Comme lors de la controverse autour de l’amendement exigeant que les programmes scolaires reconnaissent le « rôle positif de la colonisation », on est obligé de s’étonner de ce que la politique veuille façonner ainsi l’éducation et le souvenir. De plus, c’est encore une fois dans une apparente absence de concertation que le Président annonce une mesure fracassante, ce qui ne peut qu’inquiéter lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles. A croire que quelque conseiller a soudain suggéré au Président que les enseignants d’école primaire ne faisaient pas leur travail et qu’il fallait revoir l’enseignement de l’Holocauste ! On n’a pourtant pas souvenir que quiconque se soit plaint de ce que cet enseignement fut incomplet…
La méthode, plus que le fond, est terriblement symptomatique de ce qui inquiète et dérange dans la présidence Sarkozy. On ne sait pas trop ce que vient faire cette annonce au milieu d’un agenda politique chargé, si ce n’est occuper encore et toujours l’espace médiatique. Il n’est pas sûr que la stratégie soit toujours payante…