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Samedi 16 février 2008

21

Voilà plus d’un mois que nous n’avons pas écrit. C’est que, l’un comme l’autre, nous n’avions plus une seconde à consacrer à ce blog. Est-ce à dire qu’il n’y avait rien à relever dans les remous qui agitent la scène politique ? Non, bien sûr. On se gardera de résumer ici tous les événements qui nous ont marqués, il y aurait trop à dire. Pour sûr, nous n’avons pas trouvé dans l’actualité beaucoup de motifs de réjouissance…

 

Aujourd’hui, c’est l’annonce de Nicolas Sarkozy quant à l’enseignement de la Shoah aux classes de CM2 qui a suscité notre surprise, ainsi qu’un certain malaise. Mercredi, lors d’un discours prononcé devant le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), le Président a dévoilé une initiative; : « confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah ».

 

On ne peut s’empêcher de voir dans la mesure une autre manifestation de cette propension à l’immixtion des affects dans l’apprentissage de l’Histoire qui pointait déjà dans la volonté présidentielle de faire lire la lettre du jeune résistant fusillé Guy Môquet dans les lycées. On ne peut que s’étonner de cette insistance, tant on a entendu dans le passé Nicolas Sarkozy se répandre en mépris sur la repentance. Ainsi dans un discours à Metz daté du 17 avril dernier déclarait-il :

«
Ici, on n’aime pas la repentance, cette mode exécrable qui veut faire expier aux fils les fautes supposées de leurs pères. Ici on n’aime pas la repentance qui est un dénigrement systématique de la France et de son histoire.
Je déteste cette repentance qui est une forme de la détestation de soi parce que l’on n’a qu’un pays. Le détester c’est se détester soi-même.
Je déteste cette repentance qui est une falsification de l’histoire de France.
Car la France n’a pas à avoir honte de son histoire.»

 

Soyons honnêtes, ce que visait Nicolas Sarkozy dans son propos d’alors n’est sans doute pas exactement ce qu’il propose aujourd’hui. N’empêche, comment considérer cette célébration morbide et larmoyante –on ne saurait employer de termes plus modérés face à l’étrange idée surgie de nulle part-, sinon comme une incohérence ? Ce que propose le Président semble, et nous sommes loin d’être les seuls à le penser, constituer justement le versant le plus malsain du devoir de mémoire. Comment se rapprocher plus de la détestation de soi qu’avec ce parrainage funeste ?

 

Mais laissons de côté nos a priori quant au contenu de la proposition pour nous concentrer sur la forme. Une fois de plus, le pouvoir entend se mêler d’Histoire. Comme lors de la controverse autour de l’amendement exigeant que les programmes scolaires reconnaissent le « rôle positif de la colonisation », on est obligé de s’étonner de ce que la politique veuille façonner ainsi l’éducation et le souvenir. De plus, c’est encore une fois dans une apparente absence de concertation que le Président annonce une mesure fracassante, ce qui ne peut qu’inquiéter lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles. A croire que quelque conseiller a soudain suggéré au Président que les enseignants d’école primaire ne faisaient pas leur travail et qu’il fallait revoir l’enseignement de l’Holocauste ! On n’a pourtant pas souvenir que quiconque se soit plaint de ce que cet enseignement fut incomplet…

 

La méthode, plus que le fond, est terriblement symptomatique de ce qui inquiète et dérange dans la présidence Sarkozy. On ne sait pas trop ce que vient faire cette annonce au milieu d’un agenda politique chargé, si ce n’est occuper encore et toujours l’espace médiatique. Il n’est pas sûr que la stratégie soit toujours payante…

 

Par JY & A
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Mercredi 2 janvier 2008

20

Le Figaro.fr relate qu’Eric Besson « relance le projet de TVA sociale ». Certains voient dans ce projet une hausse pure et simple de la Taxe sur la Valeur Ajoutée visant à financer les 15 milliards dépensés au début du mandat  de Nicolas Sarkozy, mais cela paraît trop simplificateur et pour scandaleux qu’ils soient, ces cadeaux fiscaux (qui, pour les trois quarts d’entre eux, ne favorisent que les haut revenus) ne peuvent pas servir de contre argumentaire à toute réforme initiée par le gouvernement.

 

 En réalité, il faut regarder cette mesure comme une volonté de réformer la protection sociale de notre pays, à recettes constantes. A l’heure actuelle celle-ci est financée exclusivement par le « travail » (il faut entendre par là le facteur travail au sens économique du terme), autrement dit par les cotisations salariales et patronales. Et c’est de ce constat que naît la volonté du gouvernement de financer une partie de la protection sociale en augmentant la TVA et en pesant moins sur le travail. L’idée est séduisante en théorie mais est-elle réellement sérieuse ?

 

En effet, en augmentant la TVA, les personnes à bas revenus verraient leurs problèmes de pouvoir d’achat s’aggraver. De plus comment examiner sérieusement un projet que l’on se propose d’appeler « taxe anti-délocalisations » ? Si les biens Chinois, Indiens ou encore Japonais seront bel et bien augmentés de deux ou trois points l’impact n’en sera que dérisoire tant certains biens produits par ces pays sont hyper compétitifs. Ainsi, les gains de compétitivité apportés par la baisse des coûts du travail risque de n’être pas suffisante, voire insensible. Il faudrait aussi savoir dans quelle mesure les entreprises seront libres de profiter des baisses de coûts du travail : initialement, les défenseurs de la TVA sociale expliquaient que la hausse des prix serait contenue par la répercussion des baisses de coûts sur les prix. Rien ne semble le garantir.

 

Le débat va avoir lieu et c’est très bien ainsi. Néanmoins, il semble que si la TVA sociale n’est pas le mal absolu décrit par les socialistes de l’entre deux tours à des fins électorales, elle n’est pas non plus la solution miracle aux délocalisations décrite par la majorité actuelle.

Elle révèle le manque d’ambition et de vision du long terme du gouvernement que nous déplorions dans l’article précédent au sujet de la Sécurité Sociale (les deux sujets étant bien évidemment liés). Il conviendrait qu’une réforme globale du financement de la protection sociale de notre pays soit mise en œuvre en remettant tout les éléments de celle-ci à plat. A la mini-réforme injuste des franchises médicales s’ajoute ainsi le mini-projet de réforme de la TVA sociale.

Par JY & A
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Mardi 1 janvier 2008

19

C’est aujourd’hui qu’entrent en vigueur les franchises médicales, comme nous le rappelle Libération. Cette réforme pose divers problèmes.

 

Un problème d’équité tout d’abord. En effet, en dehors des bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle et des enfants, tout le monde devra s’acquitter de la même franchise. Or il est évident que si la somme prélevée (50 centimes par soin, dans une limite de 50 euros par an et par personne) paraîtra tout à fait modique à une personne aisée, elle pourra être considérable pour une personne à bas revenu qui ne bénéficierait pas de la CMU.

 

De plus, cette réforme ouvre une brèche symbolique dans le modèle de sécurité sociale français basé sur la solidarité et qui avait pour principe que les frais de soins d’une personne malade soient assurés par l’ensemble de la collectivité. S’installe alors lentement l’idée du malade payeur, au nom d’une nécessité budgétaire psalmodiée depuis des années. Sans doute des sacrifices sont-ils nécessaires, mais rien n’indique que ceux qu’exige le gouvernement actuel soient pertinents.

 

La sécurité sociale a fait la fierté de la France durant la seconde moitié du vingtième siècle et jusqu’à nos jours. Son déficit qui est d’environ 12 milliards d’euros, n’est pas catastrophique mais problématique, or si une réforme (rappelons au passage la définition du terme que nos gouvernants semblent avoir oubliés: une réforme est un changement dont le but est d'apporter une amélioration) est nécessaire, elle devrait être plus ambitieuse et équitable que ne l’est celle-ci, dont le nom même de « franchise » témoigne d’une perspective comptable, bien morose pour la sécurité sociale française.

Par JY & A
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Lundi 10 décembre 2007

18

Lors de son intervention télévisée du 29 novembre dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé la future cession de 3% des titres d’EDF afin d’obtenir 5 milliards d’euros qu’il promet d’injecter dans le budget de l’Université. Cette initiative apparaît être positive, puisqu’elle permet d’allouer une somme conséquente à une université française qui manque cruellement de moyens, de plus la cession de 3% des titres n’affecte pas le caractère public de l’entreprise. Mais nous sommes-là dans la théorie et la pratique nous montre que l’opération a souffert d’un manque d’organisation très regrettable. Ainsi le monde.fr nous révèle que l’annonce du président Sarkozy est intervenue trois jours avant la vente effective des titres, dés lors la sanction est tombée et dés le lendemain l’action a perdu 3% et la capitalisation d’EDF a baissé de 4,74 milliards ! Les actionnaires ont agi rationnellement (ce qui ne veut pas dire que la spéculation est morale) car pourquoi acheter cher aujourd’hui ce que l’on peut avoir pour moins cher demain ? La spéculation boursière fait partie depuis des lustres de la réalité financière et les exemples ne manquent pas ; mais ce qui est nouveau et agaçant dans cette affaire, c’est le comportement de Nicolas Sarkozy dont la stratégie médiatique de perpétuelle agitation aura coûté plusieurs millions d’euros à l’Etat français.

Par JY & A
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Dimanche 2 décembre 2007

17

Avec un peu de retard et avant peut-être de revenir sur des événements plus proches (question du pouvoir d’achat, libération d’Ingrid Bettancourt), nous nous en voudrions de ne pas souligner l’agacement qu’ont soulevé certains faits récents.

 

D’abord, une anecdote révélatrice (source : Rue89). Nicolas Sarkozy, le vendredi 16 novembre, a annoncé à des journalistes des Echos le nom de leur futur patron, Nicolas Beytout, transfuge du Figaro et proche du Président. Certes, on s’indignera une fois de plus de la collusion entre le pouvoir et les dirigeants : ça n’a rien de nouveau, mais ça n’en reste pas moins révoltant. Plus encore, ce qui choque dans cet épisode, c’est qu’on peut, en ayant l’esprit mal placé, croire que le Président a carrément influencé directement la prise de décision de son ami Bernard Arnault, qui reprend les Echos. En tous cas, le Président ne prend même plus la peine de feindre une quelconque indépendance et va jusqu’à narguer les journalistes.


Autre épisode agaçant : la suppression récente d’une exonération de redevance audiovisuelle pour 780000 retraités à faible revenu (source : NouvelObs). Cette exonération était certes temporaire (c’était un dispositif voté par le Parlement pour assurer la transition vers un nouveau régime de prélèvement, puisque la redevance audiovisuelle sera désormais adossée à la taxe d’habitation), mais désormais, des personnes qui ne payaient pas les 116 euros annuels que représente la redevance audiovisuelle devront s’en acquitter. Quatre jours avant, la même Assemblée Nationale votait la suppression de l’impôt de Bourse (source : Les Echos).

Certes, le caractère technique de ces mesures et la complexité relative des questions fiscales pousse à la prudence quant à la comparaison de ces deux « symboles » qu’on peut être tenté de considérer comme des signes d’une iniquité constante dans les délibérations de la majorité. Néanmoins, toutes réserves prises en compte, il faut bien reconnaître que le parallèle est troublant. Au mieux, c’est la preuve que les priorités de l’UMP et du Nouveau Centre sont sans doute plus proches de la Bourse que des petits retraités qui devront payer 116 euros supplémentaires par an, ce qui représente une somme considérable pour nombre d’entre eux.

Par JY & A
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Lundi 19 novembre 2007

16

Libération nous révèle la désignation par l’UMP de Daniel Simonpieri comme candidat aux élections municipales à Marignane. Il a déjà été élu en 1995 sous l’étiquette FN et réélu en 2001 sous l’étiquette MNR. C’est 20 Minutes qui fait état d’un épisode survenu l’an passé et conté par la présidente de la section locale du MRAP : « En septembre 2006, il avait applaudi un conseiller municipal qui, feignant de s'adresser au président algérien Abdelaziz Bouteflika, lui demandait de «reprendre chez lui les millions d'Algériens» qui vivent en France car cela «viderait les prisons» ». Certes, l’affaire suit toujours son cours mais elle jette le trouble sur cet homme qui, en 2005, souhaitait ardemment ériger une stèle en l’honneur des combattants de l’OAS, suscitant une vague polémique à Marignane (la proposition a été retardée puis finalement adoptée). Il apparaît réellement déplacé pour l’UMP de désigner monsieur Simonpieri à Marignane, car l’homme ne semble pas avoir changé ; d’autant plus déplacé que cet avatar n’est pas sans rappeler la récente désignation par l'UMP de Christian Vanneste  à Tourcoing (rapporté par la voix du Nord), alors qu’il fut condamné à deux reprises pour des propos homophobes (« l’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité ») et qui semble bien toujours porté par de pareils idéaux.

De ces deux affaires, on retire qu’à des fins électorales, l’UMP préfère désigner deux candidats bien implantés localement plutôt que s’embarrasser de considérations morales. Les électeurs jugeront mais on peut d’ores et déjà dénoncer cette contradiction entre les discours et les actes.

Par JY & A
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Samedi 10 novembre 2007

15

Le site Rue 89 révèle dans un article publié mercredi que l’Etat va, dans le cadre du budget 2008, accorder 32 millions d’euros en remboursement de charges sociales destinés aux 1172 sportifs professionnels français.

Ces allègements existaient déjà : ils sont liés au fait que les droits à l’image, dont bénéficient largement les sportifs les plus connus, sont exonérés de charges. Mais pour l’exercice 2008, ces exonérations sont en augmentation de 113% par rapport à l’an passé, passant de 15 millions d’euros à 32 millions d’euros.

Certes, cette somme est presque dérisoire quand on sait que le budget de l’Etat pour le sport, la jeunesse et la vie associative s’élève à près de 800 millions d’euros. Mais tout de même lorsque l’on apprend que cette « remise » représente 175% des crédits attribués à la vie associative et que le budget du sport en valeur constante est en baisse de 7,8%, on ne peut qu’être choqué que rien n’ait été fait pour la remettre en question, d’autant que cette exonération concerne les sportifs les plus médiatiques, qui sont aussi les mieux payés…

Par JY et A
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Jeudi 8 novembre 2007

14

Le Président de la République s’est illustré à nombreuses reprises en ce début de semaine. Après s’être rendu au Tchad pour faire libérer sept des 21 prisonniers dans l’affaire de l’arche de Zoé il est allé mardi matin en Bretagne pour annoncer une série de mesures aux pêcheurs en grève avant de s’envoler pour sa visite aux Etats-Unis.

Une fois encore, ces deux événements fort proches démontrent l’hyper-activité de Nicolas Sarkozy et si en faire état relève depuis longtemps du lieu commun, comment ne pas être scandalisé par l’évident populisme de la méthode ? Dans un cas comme dans l’autre, l’intervention bruyante du Président était totalement superflue –on ne nous fera pas croire que la diplomatie française s’est trouvée si dépourvue qu’elle ait du faire appel au locataire de l’Elysée et à son Airbus, ni d’ailleurs que le ministre de l’Agriculture eût été incapable de gérer la crise. Que signifient alors ces déclarations à l’emporte pièce (« j’irai chercher tous ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait », à propos des membres de l’association) ? Qu’est-ce que ce Président de la République que l’on voit déambuler dans une foule compacte, haranguant, répondant du tac au tac au gréviste qui le hèle ?

Ces derniers jours, la démocratie française a vécu au rythme d’un homme seul, sautant dans son avion pour aller qui distribuer des promesses, qui rapatrier à grand fracas. On voit mal comment cette agitation pourrait être autre chose qu’un chèque en bois.

Par JY et A
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Samedi 3 novembre 2007

13

On peut trouver ici la liste des propositions de réformes constitutionnelles faites par le comité Balladur, que lemonde.fr a résumé ici . S’il est évident que l’opportunité de nombre de mesures ne peut être débattue avec acuité que par des experts, il n’en reste pas moins que, ce projet de réforme étant peut-être destiné à être soumis à un référendum, il convient d’en discuter en tant que citoyens.

On pourra ainsi s’attarder sur la maigre proposition faite dans le rapport du comité quant à l’introduction d’une part de proportionnelle dans l’élection des députés : 20 à 30 sièges, c’est peu (un peu plus de 5% du total au maximum), d’autant que ça ne concernerait que les partis ayant obtenus au moins 5% des voix au premier tour. On voit mal comment le changement pourrait être autrement que cosmétique, dans ce cas.

Mais on sera particulièrement attentif à une partie infime des « 77 propositions » du comité, mais pourtant cruciale : celle concernant les rôles respectifs du Président de la République et du Gouvernement. L’article 5 de la Constitution actuelle prévoit :

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat.

Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. »

A cet article, le comité Balladur veut ajouter « Il définit la politique de la nation » et, logiquement, retoucher l’article 20 (qui lui prévoit que « le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation ») en retirant au gouvernement la faculté de déterminer la politique de la nation. Le Gouvernement ne serait donc que l’exécutant de la volonté du Président.

Si l’actuelle Constitution est déjà généreuse envers l’exécutif, ces petits changements pourraient bien aggraver encore la situation. En gravant dans le « marbre constitutionnel » des déséquilibres constatés de facto, la France fonce droit vers un régime qu’on peut craindre fort mal équilibré, bien loin d’ailleurs des « checks and balances » américains, dont on nous dit pourtant que la réforme s’inspire.

Ainsi, le Parlement possède le pouvoir de voter une motion de censure contre le Gouvernement qui, jusqu’à lors, on l’a dit, « détermine et conduit ». Certes, dans les faits, cette option est inusitée, pour de multiples raisons. Cependant, si la réforme Balladur fait du Président celui qui « définit » la politique de la nation et du Gouvernement celui qui la « conduit », le Parlement, qui ne pourra encore censurer que le Gouvernement, ne sanctionnera qu'un exécutant. Cela signifie que le Parlement est implicitement soumis à la volonté du Président : il peut sanctionner la manière, oui, mais pas le fond de la politique même, puisque le Président reste, comme avec l’actuelle Constitution, intouchable.

On se demande d’ailleurs comment envisager les situations de cohabitation à l’aune de cet article 5 révisé : le Gouvernement, issu de la majorité gagnante, ne pourrait-il encore, et malgré sa légitimité nouvelle, que suivre le bon vouloir du Président ?

On ne peut prédire ce qu’il résultera dans les faits de ce changement éventuel, d’autant qu’il ne semble qu’entériner un dommageable état de fait, la supériorité du Président sur toutes les institutions. Cependant, du point de vue de la philosophie politique, le changement est tonitruant. Comme si la volonté du Président devait être entendue par-dessus toutes les autres, comme si, in fine, il ne pouvait se tromper que sur des détails, tout en ayant perpétuellement raison sur le fond. Cela ressemble beaucoup à un monarque.

Par JY et A
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Jeudi 1 novembre 2007

12

Les péripéties médiatiques se bousculent cette semaine. Ainsi le trivial « quel imbécile » du Président de la République à propos de son porte parole qui a émergé dans la plupart des journaux télévisés français en début de semaine a vite laissé la place à une  déclaration du chef de l’Etat, où il « demande que les propriétaires de chien encourent 10 ans de prison, en cas d'homicide involontaire » ; ceci suite à la rencontre de Nicolas Sarkozy avec les parents d’un enfant décédé suite aux morsures d’un chien. Ce mercredi, c’est le Conseil des Ministres « décentralisé » qui occupait les médias (France Inter, ainsi, avait installé sa matinale à Ajaccio) et agitait l’île.

 

Certes, ces trois avatars médiatiques ne sont pas liés. Mais avec un peu de recul, on ne peut s’empêcher d’y voir une fois de plus la marque de la superficialité absolue qui marque le traitement de l’information par les médias (surtout la télévision, mais pas seulement). Si le premier n’est pas à porter au crédit de Nicolas Sarkozy, il n’en reste pas moins symptomatique : c’est une anecdote sommes toutes assez insignifiante qui se fraye un chemin jusqu’aux lumières, tandis que les éléments de fond contestables de la politique sarkozienne ne sont jamais mis en lumière, ou de manière sporadique.

Quant à la réaction au fait divers, elle est un symbole de plus de la frénésie d’un Président qui étouffe Premier Ministre, Gouvernement, Parlement, réagissant du tac au tac au moindre soubresaut médiatique. Comme si le nombre de journaux reprenant une nouvelle devait régler l’entrée en action (ou pas) du Président…

Enfin, le Conseil des Ministres « décentralisé », qui n’a, semble-t-il, absolument aucune justification autre que médiatique. C’est même une perversion du concept, juridiquement très clair, de décentralisation. En fait de rapprocher les institutions du peuple en le conviant plus avant aux processus décisionnels, ces initiatives permettent aux provinciaux de voir le Gouvernement décider au coin de la rue. Le changement est cosmétique, au mieux.

 

Mais y’a-t-il lieu de s’indigner de tout cela ? Sans doute, oui. Même si la rengaine est connue, on ne peut que pointer encore l’obsession des politiques pour l’image et l’apparence. Certes, ça n’est pas nouveau et ça n’est surtout pas le simple fait du monde politique, qui s’appuie sur une collaboration bienveillante des grands médias. Ce qui est choquant aujourd’hui, c’est de voir chaque semaine à quel point le Président se complaît dans l’exercice et à quel point les projets de long terme semblent passer à la trappe.

Par JY et A
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