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Publié le par JY & A

Dans son discours devant le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), le Président de la République a déclaré que « le drame du XXème siècle n’est pas né d’un excès de l’idée de Dieu, mais de sa redoutable absence. Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable. »

 

La démonstration du Président fait encore une fois appel à une astuce rhétorique souvent utilisée par lui : il dénonce les propositions imaginaires de supposés adversaires, agrégées à partir d’une idée vague de ce qu’un certain sens commun peut porter sur une question donnée. Là, ceux que vise le discours présidentiel sont les tenants naïfs d’une thèse simpliste : l’athéisme, remède universel, est porteur de paix. Dès lors, évidemment, l’argument fonctionne : le communisme, antireligieux, ne s’est pourtant pas révélé particulièrement pacifique. Mais contre qui le Président soulève-t-il cette évidence ? Quels athées se réclament de ce discours ? Nicolas Sarkozy simplifie à outrance une question qu’on ne peut sérieusement trancher avec pareil aplomb. Mais surtout, en associant insidieusement l’absence de Dieu au nazisme et au communisme, il ne laisse guère d’alternative : il faut croire.

 

L’attaque contre la laïcité est donc indirecte, comme toujours. Elle n’en est pas moins grave. En tenant de pareils discours, que l’on passerait à un individu lambda ou à un candidat, l’institution présidentielle s’engage sur une voie nouvelle. Le Président de la République prend singulièrement parti pour les croyants, contre les athées ou les agnostiques. Et voilà la laïcité bien mal en point ! De facto, elle est contestée par la plus haute autorité de l’Etat, qui déclare publiquement et à plusieurs reprises favoriser la foi sur l’absence de foi. C’est une gifle pour ceux qui considéraient la laïcité comme une neutralité bienvenue, à même de garantir des relations pacifiés entre les croyants des différentes religions, les athées et les agnostiques.

 

Mais le Président était allé plus loin dans son discours à la basilique de Saint-Jean-de-Latran : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage du bien et du mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur (…) parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

 

Là encore, aucune alternative : il n’est de morale que religieuse. Encore une fois, le Président tranche de manière fort discutable un débat philosophique qui demande bien plus de finesse que sa formule n’en contient. Au passage, le hussard noir de la République est brutalement jeté aux orties. Comme si l’école avait besoin de ce très officiel coup de boutoir supplémentaire. On croirait entendre les conservateurs de la troisième République prendre leur revanche contre la loi de 1905 !

 

Plus récemment, c’est la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, qui en remet une couche dans une interview à VSD, se répandant en de douteuses déclarations sur le « non-problème » que représenteraient les sectes. Si elle nie maintenant avoir tenu les propos qu’on lui reproche, l’important se trouve dans une partie de l’interview qui n’est pas contestée et qui confirme ce qu’on relève plus haut dans les discours du Président de la République : rappelant que celui-ci a affirmé que « la question spirituelle doit jouer un rôle dans la société », elle note que « la quête de sens n'a sûrement jamais été aussi importante qu'aujourd'hui. La croyance diffuse des valeurs, et tout ce qui diffuse des valeurs est positif ».

 

Voilà donc la ligne sarkozienne : les valeurs, à n’importe quel prix. Tant et si bien que dans ces discours (et en particulier quand une directrice de cabinet dédouane les sectes !), on sent percer déjà une politique volontariste, amenée avec plus ou moins de douceur. En manque de lien social, la France aurait besoin du secours des religions, toutes les religions. Tout ça n’est rien moins que du marxisme perverti, où l’Etat vend au peuple son opium.

 

Sources : L’Humanité, Le Nouvel Observateur

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poncho 02/03/2008 02:10

oui il est sémantique c'est dommage car c'est un manque de repères historiques (dans ce que cette histoire est transversale de la philo, la religion, etc.) ledit manque je suis loin d'avoir comblé...

A 01/03/2008 16:24

Oui mais alors je te répondrais que dans ce que tu appelles morale et que tu prétends omniprésent, je ne vois que de la vertu... Pour sûr, les considérations "d'apparence morale" qui me touchent ne sont pas liées à la dimension supra-humaine que tu décris et ne le sont probablement pas pour beaucoup de gens qui ne croient pas en Dieu. Partant, on peut parler de morale (à tort, peut-être, je veux bien te le concéder) sans penser religion. Enfin, le débat est sémantique je crois.

poncho 01/03/2008 15:43

les grecs parlaient de vertu, ce qui n'a rien à voir avec les notions de bien et de mal, liées au péché, à une notion de mauvais ou de dommage dans l'absolu, contrairement aux grecs qui parlaient de vertu certes dans l'absolu mais parce qu'ils s'exprimaient relativement à un monde figé: celui de leur théorie de la démocratie ou de la gouvernance ou de la vie.
d'autant que le bien et le mal relèvent d'une dimension supra-humaine (avec tout ce que ça comporte comme jugement à la fin des temps et de de voir de rendre des comptes) tandis que les grecs, comme sartre parlaient de vertu mais uniquement par rapport aux hommes, sans sanction comme garantie ou limites aux agissments.

A 01/03/2008 13:24

Oui enfin, je ne crois que ces préoccupations soient d'essence nécessairement religieuse. Quand on sait ce que les grands penseurs chrétiens doivent aux grecs...

poncho 27/02/2008 20:15

je ne disais pas autre chose, je soulignais juste que le fait religieux et plus particulièrement la morale imprégnait les esprits de chacun, qu'on le veuille ou non.