Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 21:57

Allégrement cités et commentés par la presse. Instrumentalisés politiquement par le gouvernement et l'opposition. Les chiffres de la délinquance suscitent la polémique. Assez pour que l'on se pose un instant et que l'on y réfléchisse.

D'emblée plusieurs éléments sautent aux yeux. D'une part les statistiques de la délinquance sont effectuées par les services de police. Ce choix n'est pas anodin ni sans effets comme on le verra. On aurait pu imaginer qu'une instance tierce telle que l'INSEE par exemple se soit vue confier leur élaboration comme c'est le cas pour le chômage.

D'autre part les chiffres de la délinquance sont élaborés sur le plan national par l'observatoire national de la délinquance. On peut comprendre le souci d'un Etat unitaire et très jacobin comme la France de fournir de tels chiffres mais concrètement une analyse en terme d'aires d'habitations est bien plus pertinente, notamment en terme d'action publique.

Il faut également préciser que les chiffres dont nous parlons sont produits à partir des faits constatés, c'est-à-dire des procès verbaux transmis par la police à la justice.



La culture du résultat et ses conséquences


A son arrivée Place Beauvau en 2002, Nicolas Sarkozy a voulu introduire ce qu'il a lui-même appelé « la culture du résultat » pour la police. Le sarkométre est mis en place avec la convocation tous les mois des 3 responsables départementaux en matière de sécurité ayant obtenus les meilleurs chiffres et des 3 plus mauvais « élèves ». Cette volonté d'améliorer les performances de la police n'est pas condamnable, elle est même souhaitable. Elle n'est pas non plus nouvelle. Mais l'accent trop fort mis sur les chiffres aboutit à des dérives dommageables. Pour n'en citer que quelques uns repérés par les chercheurs Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhanna Le but est d'obtenir un taux d'élucidation le plus élevé possible et de constater moins d'infraction, les pratiques sont vieilles comme la police mais tendent à s'accentuer si l'on en croit les auteurs :


-Harcèlement de cibles molles : On se rend fréquemment dans des lieux bien connus pour leur délinquance récurrente, l'exemple typique est la concentration sur les toxicomanes ou les prostituées dont on sait très bien où ils se trouvent : Taux d'élucidation : 100%

-Reports d'enregistrements : Il permet de faire passer des infractions à la trappe

- Préférence pour les contraventions et les mains courantes qui n'entrent pas dans les statistiques.

-Refus d'enregistrer une plainte

...



La liste est encore longue et problématique. Pour les policiers tout d'abord car cela écorne leur image et nuit considérablement à leurs relations avec les citoyens, or comment lutter contre la délinquance sans bonne relation avec ceux-ci ? Pour les citoyens ensuite qui lors de leurs rapports avec la police se sentent frustrés et d'autant plus que les victimes d'actes délinquants ont besoin d'un accueil digne de ce nom. Un accueil de qualité. Ce mot qui mérite d'être réaffirmé face à la dérive quantitativiste que nous connaissons aujourd'hui.




Sources : -Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhanna,  Police : des chiffres et des doutes. Regard critique sur les statistiques de la délinquance, Editions Michalon, octobre 2007

              - http://www.inhes.interieur.gouv.fr/Observatoire-national-de-la-delinquance-6.html

Par JY & A
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Commentaires

Je ne comprend pas vraiment en quoi confier les chiffres de la délinquence à l'insee serait plus judicieux... donner l'exemple du chômage n'aide pas à me convaincre vu les manipulations qu'il est possible de réaliser... Comment l'insee va travailler? il va recevoir les stastistiques des policiers et puis les trier... je ne vois pas une grande différence... En tout cas des chiffres par aires géographique semble être effectivement une bonne idée. "Il faut également préciser que les chiffres dont nous parlons sont produits à partir des faits constatés, c'est-à-dire des procès verbaux transmis par la police à la justice." Et alors quelle conclusion je dois tirer de cela? que la réalité est sûrement plus dramatique dans certains cas et moins dans d'autres? je ne vois pas l'importance de ce point... est-ce que c'est comme dire que la réalité des relations juridiques entre les personnes est plus grande que la réalité de la jurisprudence? J'aurais apprécié que soit plus plus développé la dernière idée de "qualité".
Commentaire n°1 posté par Thomas le 22/01/2009 à 10h15
20 janvier 2009 La délinquance On sait que le Président de la République s’est gargarisé des “bons ” résultats de la “baisse” de la délinquance. Il était même si content du 0,86 % (!!!!) de baisse pour 2008 qu’il s’est empressé de faire son cocorico avant même son Ministre de l’Intérieur, sa grande copine Mme Alliot-Marie…. Ca, c’est de la gouvernance M. Sarkozy ! Bon, tout le monde a compris que quand on regarde de plus près, c’est beaucoup moins…brillant. Aujourd’hui on risque tout simplement de se faire agresser n’importe où, en plein jour même! Aujourd’hui on risque tout simplement de se retrouver avec une balle perdue dans le caisson lors d’un vol à main armée. Comme ils n’ont augmenté que de 15,4%, ouvrons donc les magasins le dimanche, ça fera un jour de plus aux malfrats pour “gagner plus”… Et si vous avez réchappé d’une balle perdue ci-dessus, vous ne perdez rien pour attendre. Une fusillade peut juste éclater sur votre passage. Les règlements de compte dans le “milieu” n’ont augmenté que de 117 %……(quasi autant que l’augmentation du salaire de NS…). Ah que oui il peut être fier le Président…. jf.
Commentaire n°2 posté par Jacques le 24/01/2009 à 16h55
@ Thomas, peut être que l'exemple de l'INSEE est plutôt mal choisi. Mais je pense que le fait de la confier à une instance tierce permettrait de réduire les tentations que l'on trouve chez les policiers de manipuler les chiffres et notamment la hiérarchie policière. La conclusion que tu dois en tirer est assez terrible et va bien au delà de Sarkozy ou de la droite et la gauche. Si l'on en croit les chercheurs ayant travaillé sur ces questions : "En France en 2007 pour 100 délits, 50 sont connus des services de police, 12 élucidés, 8 auteurs sont jugés dont et 6.5 d'un début d'application de peine." L'idée de qualité équivaudrait pour moi, à ne pas traiter une personne qui a grillé un stop comme un grand délinquant, à ne pas mettre quasi systématiquement les personnes entendues ou ivres en garde à vue pour faire du chiffre. A améliorer l'accueil des victimes qui en ont bien besoin et à ne pas leur mettre des bâtons dans les roues comme j'en ai parlé plus haut. En clair sortir des travers qu'ont occasionné cette culture du résultat.
Commentaire n°3 posté par JY le 24/01/2009 à 18h50
"La conclusion que tu dois en tirer est assez terrible et va bien au delà de Sarkozy ou de la droite et la gauche. Si l'on en croit les chercheurs ayant travaillé sur ces questions : "En France en 2007 pour 100 délits, 50 sont connus des services de police, 12 élucidés, 8 auteurs sont jugés dont et 6.5 d'un début d'application de peine."" Ce sont justement ce genre de réflexions qui font dire à certains chercheurs que notre système répressif est quasi-inefficace. D'autre part je suis étonné de voir que malgré le peu de poursuite et d'exécution des peines n'entraînent pas l'explosion de la société... Comme quoi il doit bien exister d'autres processus de "réparations" pour la société.
Commentaire n°4 posté par Thomas le 26/01/2009 à 16h42
Bien sûr ben ce sont tous les mécanismes de contrôles sociaux informels qui empêchent l'individu de passer à l'acte. Qu'il s'agisse de sa propre conscience qui s'est forgée au cours de son éducation, l'incitant à "bien" se comporter ou encore du contrôle de ses pairs, famille, amis etc qui l'empêchent de commettre des actes considérés comme anormaux (ex: égorger son voisin). Tout ça stabilise nos sociétés. Le problème et ce qu'on appelle l'engrenage délinquant, c'est à dire quand les pairs de l'individu sont délinquants eux mêmes et que la "norme" du groupe auquel il appartient est l'acte délinquant.
Commentaire n°5 posté par JY le 29/01/2009 à 12h25
Très d'accord... Au final ce n'est pas le cas des policiers qui m'intéresse le plus, même si effectivement "la qualité" dont tu parlais est importante. Du reste pour le moment il me semble que le rôle de la justice et des juges est fondamental, il y aurait beaucoup de choses à changer en termes de traitement des affaires. Mais bon là ça va trop loin. :)
Commentaire n°6 posté par thomas le 29/01/2009 à 18h08

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